En février 2006, une douzaine de charentais, pour la plupart ignorant tout de l’Afrique noire, se rendirent au Mali. Désireux de rencontrer ce pays et sa civilisation, ils étaient emmenés par Julia Péré, conservatrice du patrimoine durant sa vie active devenue guide touristique parce qu’elle aime ce pays et ses habitants et veut faire partager sa passion. La rencontre fut rude et exaltante : si la réalité des conditions de vie dans ce pays réputé pour être un des plus pauvre au monde ne peut laisser indifférent, la richesse de la civilisation et l’hospitalité des habitants impressionnent. Au retour, les voyageurs constatèrent que le Mali ne se laissait pas oublier. Quelques-uns étaient membres d’ADRIAS et décidèrent que leur association pouvait et devait jouer un rôle dans l’effort de solidarité pour le Mali que d’autres déjà avaient entrepris. Ainsi naquit "ADRIAS Solidarité" et commencèrent les deux histoires inachevées dont nous vous racontons ici les débuts. Vous en retrouverez les détails dans les nouvelles du site et des images dans la galerie de photos.
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Histoire de la bibliothèque de Tilembeya
Tilembeya est un minuscule village, comme tous les villages du Mali sans doute, bâti non loin du Niger, des falaises de Bandiagara et du pays des Dogons. Son principal intérêt est d’offrir une halte aux touristes — ressource encore rare mais déjà recherchée— en quête d’exotisme et "d’arts premiers". Quelques chambres rustiques autour d’une salle commune et d’un point d’eau composent le "campement" où ils seront accueillis avec amitié. Julia avait préparé pour son groupe des rencontres loin des habituels circuits. En particulier, une visite de l’école était prévue.
On les accueillit avec un sonore "Bonjour, Missié Madam !" et une "Marseillaise" tout à fait reconnaissable. Au tableau, on voyait écrites les leçons du jour : "Bien mal acquis ne profite jamais", "Le corbeau et le renard", "Lili a vendu au marché deux kilos de poireaux à 6,5 francs le kilo, elle a acheté cinq œufs à 1 franc 75 la pièce. Combien peut-elle s’offrir de bonbons à 0,5 franc l’un avec la monnaie ? ", "Conjugue le verbe s’asseoir au futur simple et au subjonctif présent". Peut-être sourirez-vous de ces travaux si proches de ceux de votre enfance, mais essayez donc de répondre et surtout tentez d’imaginer ce qu’ils peuvent signifier dans une école perdue au milieu de la brousse africaine écrasée de chaleur, dans une classe surchargée où les enfant souvent n’ont pas de place et de matériel pour travailler, où ils s’assiéront, (s’assoiront ?), en alternance, les uns le matin, les autres l’après-midi, où le moindre bout de craie est un luxe. Les quelques cahiers et crayons, le ballon et la mappemonde gonflables—heureusement quelqu’un avait pensé à la pompe— apportés en cadeaux, parurent soudain bien dérisoires. Comment aider ces enfants et leurs maîtres dans leur travail, leur donner les outils indispensables pour acquérir le savoir grâce auquel ils pourront sortir peu à peu leur pays de ses problèmes ?
L’accord entre les voyageurs et les enseignants se fit sur un projet de bibliothèque. Dans l’école, un des rares bâtiments du village à être construit non en briques de terre mais en parpaings et couvert de tôle au lieu de paille, un local pouvait être récupéré à cet usage. Après, évidemment, pose de portes, de fenêtres, d’étagères et coup de peinture. Quelques poufs pour que l’on s’asseye (s’assoie ?) et ce serait l’idéal. À condition bien sûr d’avoir des livres. Il suffisait de peu d’argent, tout compte fait. Mais peu d’argent, c’est parfois beaucoup !
ADRIAS se met en route. Le premier décembre 2006, une soirée "bœuf bourguignon" est organisée. Gros travail et beau succès. En janvier 2007, le camion de l’Association amie "Cœur d’Afrique" emporte le plus gros des fournitures, dont des ordinateurs, offerts par l’Atelier de Pratique Informatique de La Rochelle. Le 25 mars 2007, une sortie "René Caillé" permet de gonfler encore un peu l’escarcelle. Les artisans locaux peuvent commencer les travaux et une nouvelle fournée de voyageurs fignolera les détails, peinture des murs, couverture des livres. L’inauguration officielle se déroule comme prévue en janvier 2008, dans une atmosphère que les participants ne sont pas près d’oublier.
D’autres livres ont été récupérés auprès de bibliothèques amies (Médiathèque de La Rochelle, Médiathèque de La Villette à Paris). Hélas, ils sont encore dans un camion de "Cœur d’Afrique : la situation politique en Mauritanie a interdit le voyage de 2008. Lorsque la situation sera redevenue normale et que les livres seront arrivés à destination, la bibliothèque de Tilembeya sera riche ; elle pourra même devenir le noyau central de tout un réseau de bibliothèques avoisinantes. Bientôt l’électrification devrait être terminée et les ordinateurs aptes à servir. Vous le voyez, l’histoire de la bibliothèque de Tilembeya est un conte qui n’est pas encore vraiment achevé.
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Histoire de Kara
Kara, ce nom n’évoque plus grand chose aujourd’hui et ce village proche de Diafarabé n’est guère connu que de ses habitants. Pourtant il a abrité pendant plus de trente ans un centre de lutte contre les criquets pèlerins, financé par les pays européens, dont la France, et rendu au Mali après l’indépendance, faute de criquets dit-on mais sans doute aussi faute d’argent. De ce centre subsistent des bâtiments impressionnants, comparés évidemment à ce que l’on trouve en général au Mali, où l’on peut encore visiter les archives et la bibliothèque. Tout cela est en bonne voie de disparition.
Les hasards des voyages favorisent les rencontres. Lorsque, en février 2006, une douzaine de touristes charentais fut conduite à Kara pour visiter une des rares curiosités de l’endroit, elle fut confrontée à ces promesses de ruines, à cet héritage mourant, à ces souvenirs ensablés. Ce fut l’origine d’une émotion à la fois intellectuelle, esthétique et humaine. La suite était claire : il fallait préserver Kara et son histoire, les mettre en valeur, les faire revivre, leur donner les moyens de jouer à nouveau un rôle dans l’activité économique de la région, où par ailleurs sont toujours bien vivantes les traditions des agriculteurs, pêcheurs, éleveurs et nomades, faire que Kara redevienne une source de richesse non plus en traquant le criquet mais en attirant le pèlerin.
Pour sauver Kara de la disparition, filmer ce qui en subsiste, interroger les derniers témoins, est suggéré comme première et indispensable étape. Si l’on peut faire un film sur Kara, il sera plus facile également de faire connaître ce site, ses difficultés et ses richesses, plus facile de convaincre les responsables politiques ou financiers de s’intéresser à lui. Un cinéaste accepte de se lancer dans l’aventure, bien que manque cruellement le nerf de toute guerre, fût-ce-t-elle humanitaire. Une fois de plus, ADRIAS se remet aux fourneaux. Sortie sur l’île d’Aix en septembre 2007, soirée "couscous" en novembre. Que d’argent ! De quoi se lancer dans ce projet un peu fou qui ne pourra aboutir qu’avec le concours d’institutions motivées et disposées à le subventionner. En janvier 2008, un voyage permet au cinéaste François Chayé de filmer Patrice Marcadé (Maison de la communication de La Rochelle) en train d’interroger les habitants de Kara. L’initiative est bien accueillie par les autorités maliennes, tant locales que nationales. Une convention est signée entre elles et l’infatigable président-voyageur d’ADRIAS à la fin Janvier 2008. Ce projet n’est plus un doux rêve d’utopistes mais devient concret et réaliste.
Il ne reste plus, évidemment, qu’à terminer le travail, à mettre en forme le matériel ramené du Mali. Et c’est là que commencent les difficultés pour cette l’histoire inachevée de Kara.
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